Quand les courbes sont devenues « pathologiques »
Les mathématiques qualifiaient autrefois certaines courbes de « pathologiques » car elles répondaient à des définitions formelles tout en allant à l’encontre de presque toutes les attentes géométriques associées au mot « courbe ».

Continuité sans régularité
Les courbes classiques étaient considérées comme localement droites sous un grossissement suffisant. Les fonctions de type Weierstrass et la courbe de Koch ont montré que la continuité ne garantit pas l’existence d’une tangente. La rugosité peut persister à toutes les échelles d’une construction idéale.
La fonction de Weierstrass a démontré que la continuité à elle seule ne garantit pas une tangente régulière. Pour l’analyse du XIXe siècle, il ne s’agissait pas d’une astuce visuelle, mais d’un test de ses définitions : l’intuition tirée des courbes ordinaires ne pouvait pas être utilisée tacitement comme un théorème. La même idée peut désormais être illustrée graphiquement en ajoutant des oscillations de plus en plus fines, de sorte que chaque agrandissement révèle de nouveaux angles sans introduire de saut dans la fonction.
Une droite qui tend vers un plan
Peano et Hilbert ont décrit des applications continues dont la limite passe par chaque point d’un carré. Leurs approximations finies restent des chemins polygonaux ordinaires ; la propriété de remplissage de l’espace n’apparaît qu’à la limite infinie. Cela a imposé une distinction entre la dimension topologique, la mesure géométrique et l’intuition visuelle.
La construction 1890 de Peano a remis en cause une attente différente. Une application continue à partir d’un intervalle peut atteindre chaque point d’un carré même si son domaine est unidimensionnel. Cela ne signifie pas pour autant qu’un tracé fini d’une courbe de Peano possède déjà une aire. Seule l’application limite est surjective ; chaque étape visible reste une longue ligne polygonale. La distinction entre la dimension du paramètre, l’ensemble des images et l’approximation finie résout ce paradoxe apparent.
Des exceptions au vocabulaire
La géométrie fractale n’a pas effacé les distinctions rigoureuses entre ces objets. Elle a fourni un langage commun en matière d’échelle, de dimension et de structure récursive. Ce qui semblait être un cabinet de monstres est devenu une boîte à outils pour étudier l’irrégularité.
Le terme « pathologique » a perdu de son sens à mesure que la notion de rugosité associée est apparue en théorie des probabilités, en dynamique et en mesure naturelle. Les trajectoires browniennes, par exemple, ne sont presque sûrement différentiables en aucun point, mais elles constituent des modèles centraux plutôt que des exceptions exotiques. Ces monstres historiques ont laissé une leçon méthodologique durable : lorsqu’une définition admet un objet surprenant, la bonne réponse n’est pas simplement de rejeter cet objet, mais d’identifier quelle hypothèse tacite l’intuition avait fournie.
Sources et lectures complémentaires
Cet article résume les sources spécialisées suivantes en reprenant leur formulation d'origine. Consultées et révisées par la rédaction 12 août 2026.
- Koch SnowflakeWolfram MathWorld
- Space-Filling CurveWolfram MathWorld
- Fractal Geometry: Mathematical Foundations and ApplicationsWiley


